Les enjeux des élections législatives Thaïlandaises de 2023
- Guillaume Beau

- 17 avr. 2023
- 6 min de lecture

Paetongtarn Shinawatra lors d'une rencontre du PTP dans la province de Loei, janvier 2023
"Je suis ici parce que je me soucie du peuple, et je veux voir la Thaïlande avancer dans son processus démocratique avec stabilité et sécurité vers un avenir prospère."
Les mots de Prayut Chan-o-cha ne trompent pas, le 9 janvier 2023, au Queen Sirikit National Convention Centre de Bangkok, l'actuel premier ministre Thaïlandais à renouveler son ambition d'être le candidat du parti United Thai Nation (UNT) aux prochaines élections législatives du pays qui se tiendront le 14 mai 2023. Dans un pays a la scène politique fragmentée et ou la société se polarise rapidement les prochaines élections seront capitale pour l'avenir du pays.
Le fonctionnement des élections Thaïlandaise:
En 2014 le gouvernement par intérim de Niwatthamrong Boonsongpaisan est renversé par un coup d'état menée par l'armée et le général Prayut Chan-o-Cha. Ce dernier grâce à l'installation du National Council for Peace and Order (NCPO), autre nom de la junte militaire, est devenu premier ministre en 2016. Des élections législatives en 2019, décriées pour l'avantage donné aux partis pro-junte le reconfirment comme premier ministre.
En aout 2022, Prayuth fut destitué par la Cour Constitutionnelle pour avoir excédé le temps réglementaire de l'exercice des fonctions ministérielles (8 ans maximum) et fut remplacé par le général Prawit Wongsuwon, le leader du parti loyaliste Palang Pracharat Party (PPP). Prayuth fut néanmoins réinstitué dans ses fonctions à la fin de septembre 2022, le Conseil Constitutionnel ayant statué que le début de son mandat avait commencé en 2017. Cela signifie aussi que si son parti gagne les élections de mai 2023 il sera possiblement reconduit premier ministre en jusqu'en 2025.
Concrètement comment fonctionnent les élections Thaïlandaise ?
Le système électoral se base sur un parlement bicaméral composé de la Chambre des représentants et du Sénat. La Thaïlande reste une monarchie constitutionnelle
La Chambre des représentants est composé de 500 membres élus pour 4 ans tandis que le Sénat est composé de 250 membres, dont 200 sont élus pour un mandat de six ans et 50 sont nommés par le roi
Afin d'élire les députés de la Chambre des représentants, les électeurs Thaïlandais votent pour un candidat dans leurs circonscriptions électorales
L'amendement de 2021 à changé le système qui utilisait la représentation proportionnelle mixte, avant l'amendement, 350 sièges de circonscriptions étaient disponibles et les 150 restants étaient destinés à obtenir une proportionnalité au sein de la Chambre. L'objectif de ces sièges supplémentaires était de veiller à ce que la part de chaque parti dans le nombre total de sièges soit à peu près proportionnelle à la part globale des votes du parti au niveau national.
Depuis cet amendement, 400 sièges de la Chambres des représentants sont alloués aux candidats vainqueurs des élections de chaque circonscriptions et les 100 restants font l'objet d'un scrutin séparé.
Ce nouveau système à été vivement critiqué par les petits partis comme le Move Forward Party (MFP) car il avantage les partis populaire comme le Pheu Thai (PT) ou le Palang Prachanthai Party (PPP).

Le général Prayut Chan-o-cha lors d'un meeting de l'UTN en janvier 2023
Quels sont les partis les plus importants pour les prochaines élections ?
Les 5 partis actuellement qui sont les plus populaires sont : le Pheu Thai (PT); Move Forward, le Bhumjaithai l'United Thai Nation (UTN) et le Palang Prancharath Party (PPRP).
Le Pheu Thai:

Le Pheu Thai est la troisième incarnation du parti politique initialement fondé par Thaksin Shinawatra. Paengtongtarn Shinawatra, fille de Thaksin est candidate du parti à l'élection législative de 2023 et en est aussi la dirigeante. L'idéologie du parti est réformiste, populiste, libéraliste et fermement opposé à la junte militaire. Thaksin Shinawatra fut premier ministre de la Thailande de 2001 à 2006. Sa soeur, Yingluck Shinawatra fut elle première ministre de 2011 à 2014.
Move Forward:

Move Forward est fondé en 2014, après le coup d'état. Son idéologie est antimilitariste, progressiste et se base sur la promotion de la social-démocratie. Mené par Pita Limjaroenrat, le parti recueillait 15,43 % d'opinion favorable selon un sondage du Suan Dosit Poll datant du 26
mars 2023.
Le Bhumjathai (BJT):

Le Bhumjathai est un part né de la trahison politique de Newin Chidchob (actuel président du club de football de Buriram) qui à quitté l'ancien parti de Thaksin Shinawatra. Le BJT est un parti populiste conservateur qui met en avant l'importance de la décentralisation du pouvoir Thaïlandais. Le parti est historiquement populaire dans les provinces de Buriram et Surin. Le BJT est mené aujourd'hui par Anutin Charvirakul.
United Thai Nation (UTN):

L'UTN est le parti de Prayuth Chan-o-cha, l'actuel premier ministre. Le parti est conservateur, pro-junte et son idéologie tend vers le nationalisme Thai ainsi que le militarisme. L'UNT est en perte de vitesse depuis quelques semaines et est de plus en plus décrié.
Le Palang Prancharath Party (PPRP) :

Le PPRP est mené par le général Prawit Wongsuwan. C'est un parti militaro-civil loyaliste qui promeut le monarchisme, le nationalisme Thai ainsi que le militarisme et le conservatisme. Très proche de l'UNT, le PPRP est considéré comme un parti populiste de droite.
Le retour du PT:
Après avoir emporté en 2019, 136 sièges à la Chambre des représentants, il est fort possible que le Peu Thai (PT) emporte à nouveau un nombre conséquent de sièges. Cependant cela ne sera pas suffisant pour sécuriser le poste de premier ministre pour son candidat. Le but du PT est désormais d'obtenir 310 siège constitutifs lors de l'élection des candidats des circonscriptions puis 50 des 100 sièges additionnels.
Le retour du Peu Thai s'explique par un mécontentement généralisé de la population vis à vis de la situation économique mais aussi une exaspération de la mainmise des militaires sur la vie politique Thaïlandaise.

Prawit Wongsuwan, leader du Palang Pracharath Party (PPP) lors d'un meeting en avril 2023
Fragmentation et formation de coalitions:
Une victoire écrasante du PT est très peu probable et le parti de Paengpongtarn Shinawatra va devoir former une coalition s'il veut pouvoir concurrencer les partis conservateurs comme le PPRP, l'UTN et le BJT. La concurrence de Move Forward et des autres partis progressistes représente une menace mais aussi une opportunité de barrer la route à l'ensemble des partis de droite en formant une coalition dominé par le PT.
De son coté, l'UTN va devoir s'allier avec le PPRP et le BJT afin d'éviter de perdre ses sièges à la Chambre des représentants ce qui empêcherait l'ensemble des partis conservateurs de pouvoir présenter leur candidats au poste de premier ministre.
Il semblerait que le PPRP ait conclue une alliance avec le BJT ce qui présage une formation d'une coalition PPRP-BJT au mois de Mai afin de barrer toute possibilité au PT.

Sondage d'opinion représentant la préférence des électeurs thaïlandais sur la période 2020-2023
Source: https://en.wikipedia.org/wiki/2023_Thai_general_election
L'incertitude de la polarisation:
Alors que la société Thaïlandaise tend à se cliver de plus en plus sur des questions économiques et sociales comme l'immigration ou la place de l'armée dans la société, aucun parti ne semble avoir pris un avantage décisif sur l'autre.
Le PPRP de Prawit et le BJT pourrait tenter de collaborer avec le PT afin de former un gouvernement mais cela exclurait d'emblée l'UTN de Prayuth qui refusera surement de s'allier avec le parti de la famille Shinawatra comme le rappelle l'analyste Termsak Chalermpalanupap.
Move Forward de son coté considère le PPRP comme un vestige de la dictature militaire et refusera toute collaboration.
l'UTN se dessine maintenant comme étant le parti politique de la continuité, sans proposition majeure novatrice, la plupart des électeurs Thaïlandais eux, souhaitent une reconfiguration politique ce qui va amener dans les prochaines semaines une tension certaine.
Au cours des dernière semaine on a vu des propositions émerger dans le but de commencer à convertir les électeurs indécis comme les propositions de revaloriser le salaire mensuel minimum de 600 baths (15 euros) jusqu'à 1000 baths (28/29 euros).
Plusieurs scénarios sont possibles et le futur politique de la Thaïlande semble incertain. Il est possible que si le PT emporte les élections et que Paentongtarn Shinawatra devienne première ministre, toute une frange de la société Thaïlandaise conservatrice se masse pour protester dans la rue comme ce fut le cas lors des manifestations de 2013-2014 qui aboutirent à l'éviction du gouvernement de Yingluck Shinawatra.
Cela fait maintenant plusieurs décennies que deux Thaïlande s'affrontent, une qui souhaite s'ouvrir économiquement et socialement au monde, une autre qui souhaite conserver ses traditions et promeut le nationalisme.
Le 14 mai sera décisif pour le pays du sourire …
Rédigé par Guillaume Beau
Le 16/04/2023




Et la place du Roi dans tout ça