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Comment le Funan Techo Canal du Cambodge redéfinit la position du pays à l'égard du Viêt Nam ?

  • Photo du rédacteur: Guillaume Beau
    Guillaume Beau
  • 24 juil. 2024
  • 3 min de lecture
Le Tonlé Sap rencontre le fleuve du Mékong à Phnom-Penh, source: Getty Image


Lors d'un discours prononcé le 28 juin 2023, Hun Sen, l'ancien premier ministre du Cambodge, a annoncé l'objectif de construire le canal Funan Techo. Ce canal de 180 kilomètres doit relier la côte cambodgienne à Phnom Penh, la capitale du royaume.


Les travaux ont déjà commencé dans la province de Kandal, avant la cérémonie de pose de la première pierre prévue pour l'anniversaire de Hun Sen. Les détails techniques incluent la possibilité d'accueillir des navires jusqu'à 1 000 tonnes de port en lourd (DWT) et 80-100 mètres de large et 5,4 m de profondeur.


Carte montrant le tracé proposé pour le projet. Source: Wikipédia

Le 6 juin 2024, Hun Manet, l'actuel premier ministre du pays, a affirmé que plus de la moitié du coût de la construction serait couverte par une entreprise cambodgienne, tandis que le reste des dépenses reviendrait à une entreprise chinoise de construction, d'exploitation et de transfert. Il s'agit probablement de la China Road and Bridge Corporation (CRBC), mais cette dernière n'a pas encore confirmé sa participation au projet.


L'annonce de la construction par le Cambodge d'une infrastructure aussi importante a suscité l'effroi de l'élite vietnamienne, qui craint un chevauchement des intérêts chinois dans le projet de canal soutenu par la Chine, qui relierait un port de sa capitale Phnom Penh à la province de Kep et au golfe de Thaïlande.


Le canal pose donc deux défis interdépendants au Viêt Nam. Premièrement, le pays doit procéder avec prudence en raison du soutien financier de Pékin au projet dans le cadre de l'initiative « la Ceinture et la Route » (BRI). D'autre part, toute réaction excessive ou déclaration provocatrice de Hanoi pourrait alimenter les sentiments nationalistes des Cambodgiens, accélérant ainsi la dynamique du projet.


Pour Phnom-Penh, la stratégie est claire. Depuis l'arrivée au pouvoir de Hun Manet en 2023, le Cambodge a réaffirmé ses liens avec Pékin tout en cherchant à diversifier ses partenaires stratégiques. La construction d'un canal pouvant acheminer une énorme quantité de marchandises est donc une occasion en or d'éviter la dépendance aux ports vietnamiens tout en continuant d'affirmer ses liens avec Pékin.


Le projet attise également le nationalisme khmer, une idéologie défendue à la fois par Hun Maneth et par ses opposants comme Sam Rainsy. Même si le canal n'est pas censé avoir une finalité militaire, le soutien de la Chine au projet, associé à la prise de distance progressive du Cambodge avec Hanoi, pousse ce dernier à engager un dialogue mutuel sur la construction à venir.


La pénurie d'eau étant la principale préoccupation de Hanoi, la faisabilité du canal est également remise en question par le Viêt Nam. Le fait que le canal puisse agir comme un barrage et ainsi augmenter la salinisation de l'eau et la sécheresse soulève de sérieuses inquiétudes parmi les élites vietnamiennes. En effet, appelé le « grenier » du pays, Hanoi est préoccupé à la fois par les hypothétiques problèmes environnementaux qu'un canal cambodgien pourrait engendrer et par la politique étrangère divergente de Phnom-Penh.


La quête cambodgienne d'une autonomie stratégique a poussé Hanoi à redéfinir ses liens avec Phnom-Penh, autrefois considérée comme l'arrière-cour du Viêt Nam. Le Cambodge s'est hissé au rang de puissance émergente dans la région grâce au renouvellement de sa politique étrangère, qui cherche à échapper à l'orbite vietnamienne.


Pour Hanoi, il est donc important de souligner les limites du projet et de s'engager dans la position omnidirectionnelle que Hun Manet a adoptée à l'égard du Viêt Nam. Si le projet se concrétise, il stimulera fortement l'économie du Cambodge tout en l'éloignant de son voisin oriental. L'absence de dialogue entre les deux pays pourrait provoquer une montée des tensions dans la région alors que le Cambodge continue de renforcer ses liens avec Pékin, le rival historique du Vietnam.






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