L’immigration birmane en Asie du Sud-Est
- Guillaume Beau

- 9 nov. 2023
- 4 min de lecture

Des travailleurs immigrés birmans sur un marché en Thaïlande. Source: Thaibizmyanmar
L’air est lourd, alors que Boon vient de finir sa récolte de longane journalière il se dirige vers les bâtiments de l’Organisation Internationale de la Migration (IOM) où il recevra comme chaque jour des informations sur ses droits en tant que travailleurs migrants. Comme beaucoup d’autres immigrés venus du Myanmar et travaillant en Thaïlande, Boon à du mal à s’intégrer que cela soit à cause des barrières culturelles ou linguistiques. La Birmanie, renommée Myanmar en 2010 est depuis des décennies une terre d’immigration. Cette immigration se concentre dans les pays voisins, notamment la Thaïlande, la Birmanie ou encore Singapour. Ainsi on dénombre généralement entre 1,4 millions et 3 millions de travailleurs birmans en Thaïlande, les chiffres pouvant augmenter à 4 millions si on tient compte des travailleurs illégaux. En Malaisie les immigrés birmans sont plus de 300 000 tandis qu’à Singapour ils seraient aux alentours de 80 000 individus. Il est à noter qu’il convient de faire la distinction entre immigrés économiques cherchant du travail et réfugiés fuyant des conflits comme ceux opposant des groupes armés ethno-nationalistes à la junte birmane. Le terme immigré birman désigne donc l’ensemble des ressortissants du Myanmar sans prendre en compte leurs origines ethniques ou religieuses.
Diversité de profils et de profits
De par leurs origines diverses et leurs statuts socio-économiques, les motivations des immigrés birmans divergent fortement. Beaucoup de rohingyas ont fui la répression militaire et sont partis s’installer en Malaisie pensant pouvoir s’intégrer plus facilement dans un pays à majorité musulman. Cependant, le manque de reconnaissance légale et l’interdiction pour ces derniers d’obtenir légalement un emploi forcent les réfugiés rohingyas à chercher du travail dans le secteur informel. Les Chins sont aussi un groupe ethnique qui immigre majoritairement en Malaisie. Ils se concentrent à Kuala Lumpur et sur la côte ouest du pays. Les Karens, tout comme les Bamars et les Kachins ou les Mons immigrent majoritairement en Thaïlande dû à la proximité géographique et à l’attractivité économique que représente le pays. La grande majorité des migrants birmans ont un faible niveau d’éducation, plus de la moitié sont des hommes ayant entre 20 et 30 ans. Leur immigration s’inscrit dans un processus souvent solitaire qui conduit à des situations d’anomie sociale sur leur lieux de vie et de travail.

Travailleurs birmans sur un marché aux poissons, Thaïlande. Source: Karen News
La Thaïlande: entre opportunités économiques et exil forcés
La Thaïlande représente un hub d’opportunité attractive. Avec sa forte activité économique et son salaire moyen de 700 dollars par an, le pays est une destination de choix pour les migrants birmans et compte approximativement 70 % de l’ensemble des immigrés birmans dans le monde. Ces derniers se concentrent dans les pôles urbains du pays notamment Bangkok ou Samut Sakhon qui compte à elle seule 200 000 ressortissants birmans. La frontière avec le Myanmar représente l’autre pôle de concentration des migrants birmans. La plupart sont des réfugiés politiques Karens qui fuient la guerre qui oppose les factions Karens à la junte militaire de Min Aung Hlaing. La plupart des migrants birmans travaillent dans des secteurs tels que la pêche industrielle, la construction de bâtiment ou la restauration. Ils forment souvent des quartiers informels et éphémères en fonction des chantiers sur lesquels ils sont placés.
Les routes de la migration: immigration saisonnière et immigration définitives

Infographie montrant l’origine des migrants birmans ainsi que leurs profils et leurs lieux de destinations. Source: World Bank
Les routes qu’empruntent les migrants et leurs moyens de locomotions sont divers, si la plupart entrent en Thaïlande par voie terrestre, en traversant la frontière, d’autres choisissent la voie maritime afin d’entrer en Malaisie. Ce dernier pays est aussi une voie d’accès vers Singapour qui possède une législation plus dure en termes d’entrée sur le territoire pour les travailleurs étrangers. La Malaisie et Singapour, au même titre que les autres pays éloignés géographiquement du Myanmar, sont des destinations préférées pour des migrations définitives. Ce n’est pas le cas pour la Thaïlande puisque plus de 35 % des travailleurs immigrés birmans rentrent au moins une fois par an au Myanmar. Cela peut s’expliquer par l’apparente proximité géographique mais aussi par les lois régissant le droit des étrangers sur le sol thailandais qui oblige régulièrement le renouvellement administratif de papiers permettant de travailler sur le territoire d’origine des travailleurs. Ces voyages fréquents entre Myanmar et Thaïlande sont souvent un poids économique pour les travailleurs migrants qui économisent en amont afin de pouvoir rentrer au Myanmar. La ville de Mae Sot constitue un exemple intéressant, située dans la province de Tak en thaïlande, l’aire urbaine est habité en majorité par des karens originaires du Myanmar qui effectuent des déplacements réguliers entre les deux pays illustrant par la même occasion la mobilité inhérente au fait migratoire
Les migrants face aux abus et aux dangers
Les migrants et plus particulièrement les réfugiés constituent des cibles idéales pour les trafiquants humains. De nombreux réfugiés Rohingyas ou Chin sont ainsi victimes d’escroquerie ou d’abus physiques et mentaux perpétrés par des passeurs durant leurs trajets vers la Thaïlande ou la Malaisie. C’est aussi le cas des réfugiés Karens qui sont parfois bloqués à la frontière thaïlandaise et subissent les violences de l’armée birmane qui s’inscrit dans un contexte d’épuration ethnique. En plus de ces abus durant leurs trajets migratoires, les immigrés birmans font souvent face à des discriminations dans leurs pays d’accueil et l'accès au marché de l’emploi est souvent précaire voire impossible. La pandémie de COVID-19 durant l’année 2020-2021 à fragilisé la position de beaucoup de travailleurs migrants surtout à Singapour et en Thaïlande. En Malaisie, il a été constaté une hausse généralisée de la xénophobie à l’égard des birmans tandis que les discours nationalistes et populistes en Thaïlande ont renforcé les préjugés négatifs sur les migrants birmans. Dans une Asie du Sud-Est en perpétuel évolution, l’augmentation graduelle du nombre de migrants notamment en provenance du Myanmar est une variable à prévoir. Les conflits qui continuent de se dérouler au sein du pays présagent de la continuité de l’immigration vers des pays ou la situation politique et économique est plus stable.
Pour aller plus loin :)
- Robinne, F. (2021). Birmanie. Par-delà l’ethnicité. Dépaysage.




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