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Le bouddhisme Tibétain et son influence culturelle

  • Photo du rédacteur: Guillaume Beau
    Guillaume Beau
  • 22 nov. 2023
  • 6 min de lecture


le Dalaï-lama reçoit des visiteurs dans sa résidence à Dharamsala en septembre 2023, Inde, souce: NPR


“Om mani padme um” 


Ce célèbre mantra (formule répétée) est devenu le sceau du bouddhisme Tibétain au fil des siècles et le symbole d’une religion complexe qui est pratiquée en majorité par le peuple éponyme.


Le Tibet est une région autonome au sein de la République Populaire de Chine qui l’annexa en 1950-1951, autrefois indépendant, la culture Tibétaine rayonnait et continue d’influer des territoires en dehors de ses frontières administratives modernes. 


Si l’on définit la culture comme étant l’ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation, une civilisation, par opposition à un autre groupe ou à une autre nation alors la religion est elle un ensemble déterminé de croyances et de dogmes définissant le rapport de l'homme avec le sacré. La religion est donc intrinsèquement une composante de la culture. 


La culture Tibétaine est indissociable de la religion et du bouddhisme Tibétain en particulier. Arrivé au premier siècle après J-C. Le bouddhisme s’est rapidement implanté dans la région des hauts-plateaux de l’Himalaya, ses rites, sa cosmogonie et ses normes théologiques se sont mélangées à la religion traditionnelle du Bön. Le bouddhisme Tibétain a connu de nombreuses transformations d’ordre théologique et à influer la société Tibétaine en l’amenant à évoluer et transformer son paysage social. Au, XVème siècle après J-C. Le Khan mongol Altan Khan désigne Sonam Gyatso comme étant le Dalaï-lama (Dalai est un mot d’origine mongol signifiant océan et lama est la transcription de maître en Tibétain). Le Dalaï-lama devient au XVIIème siècle le dirigeant religieux et politique du Tibet toujours sous l’impulsion mongol. 


Le bouddhisme Tibétain appartient au courant bouddhiste du “grand véhicule” (Mahayana). Ce courant recherche l’éveil spirituel par différentes pratiques. Les deux grandes caractéristiques du bouddhisme Tibétain sont la compassion et le vide (madhyamaka) qui stipule que les choses et les êtres vivants sont dénués d'existence propre mais sont reliés entre eux. Pour cette raison, le bouddhisme Tibétain met en avant la compassion comme moyen d’échapper aux souffrances terrestres et atteindre l'illumination spirituelle


L’influence régionale du bouddhisme Tibétain


Sans parler de la récente diffusion du bouddhisme tibétain par la diaspora tibétaine durant les précédentes décennies, il est important de rappeler que le bouddhisme tibétain étend son influence sur un ensemble de territoire qui dépasse le simple cadre du Tibet.


Carte montrant les territoires influencés historiquement par la culture et la religion tibétaine. Source: The Conservacy for Tibetan Art and Culture https://tibetan-culture.org/images/uploads/tibet-and-tibetan-cultural-area-map-2.png 



Ainsi le bouddhisme tibétain est pratiqué sur le plateau mongol (qui comprend la Mongolie et la Mongolie intérieure) mais aussi au Népal et au Bhoutan qui l’a adopté comme religion nationale. Le nord de l’Inde, notamment le Ladakh, l’Arunachal Pradesh et le Sikkim sont aussi fortement influencés par la culture tibétaine. 


La culture Tibétaine à fortement influencé la culture mongole. En 2020 il était estimé que la moitié des trois millions d’habitants peuplant la Mongolie était bouddhistes de rite spécifiquement tibétain. De nombreux noms mongols encore en usage aujourd’hui sont issus de la langue tibétaine comme Dolgormaa, Purev, Tseren, Gombo, Galsan et bien d’autres. La prépondérance de la culture tibétaine sur le plateau mongol s’explique par les interactions qu’ont entretenus les deux peuples pendant des siècles.



Beijing contre Bouddha


Le 9 et 10 novembre 2023, sous l'égide du “Front Uni” chinois, une alliance incluant huit partis mineurs et le PCC (Parti Communiste Chinois), se tenait un séminaire d’interprétation des textes bouddhistes. Ce séminaire avait notamment pour objectif de rendre les interprétations des textes du bouddhisme Tibétain uniforme en suivant un paradigme socialiste à caractéristiques chinoises et de soumettre l’ensemble des textes du bouddhisme Tibétain à la “modernisation sinitique”. 


Cette initiative émanant du PCC n’est pas la première et s’inscrit dans un contexte de réduction des libertés religieuses advenant en Chine depuis maintenant plusieurs années. Les relations qu'entretiennent le bouddhisme Tibétain et la Chine sont complexes. 


En 1950 après la bataille de Chamdo, la Chine annexa le Tibet ce qui conduisit le Dalaï-lama et ses conseillers à fuir le pays neuf ans plus tard. La Révolution Culturelle (1966-1976)  déclenchée par Mao Zedong visait spécifiquement la religion en tant qu’objet culturel nuisible à l’avancée idéologique du communisme chinois.


De ce fait, jusqu’en 1980, la pratique du bouddhisme Tibétain fut restreinte et réprimée par les autorités chinoises. De nombreux temples furent rasés. Dans les régions de l’Amdo et du Kam les destructions de temples commencèrent en 1958 tandis que dans le Tibet central les destructions de temples commencèrent en 1961-1962. 


Des travailleurs engagés par le gouvernement chinois afin de détruire l'institut bouddhiste de Larung Gar au Yunnan, 2017. Source: The diplomat


En détruisant ces lieux d’échanges sociaux et spirituels, le gouvernement chinois espèrent contrecarrer toute veillétité ethno-nationaliste Tibétaine. Cependant cette dynamique de répression ne s'arrête pas à la province Tibétaine puisque en 2020, le temple du Fuyun dans la province du Shanxi à été détruit lui aussi montrant par là, la volonté du PCC de contrôler le fait religieux au sein de ses frontières par peur de débordement sécuritaire et de la création de possibles narratifs subversifs. 


Dans la même dynamique, une statue de Padmasambhava (appelé Guru Rinpoche en Tibétain) à été détruite l’année dernière. 


L’identité tibétaine par le prisme religieux


La religion comme fait immatériel est un vecteur d’identité, identité qui se définit par en opposition à d’autres groupes et par un ensemble de faits culturels variés tel que la pratique normée de rituels. Cette identité trouve donc sa source dans une orthopraxie sociale régulée qui intrinsèquement sont des applications tangibles d’une grammaire spirituelle. Pour les Tibétains, la pratique religieuse est un fait culturel qui définit leur rapport à l’identité ethnique.


Les Tibétains musulmans de Lhassa par exemple sont perçu par la majorité comme étant des descendants d’étrangers, eux-même se revendiquant de familles perses et arabes quant bien même dans la majorité des cas, leur lignage est composé d'ancêtre musulmans venus du Cachemire et du Terai.   


La cosmogonies et les contes traditionnels Tibétains permettent de mieux comprendre l’importance de la religion dans le processus de définition des conditions à priori de possibilité d’une existence ethnique qui serait inhérente à un individu. 


Une famille tibétaine. Source: Flickr


Ainsi le mythe sur l’origine du peuple Tibétain qui raconte que la première génération des ancêtres des Tibétains étaient issus d'un mariage entre un singe et une rakshasis ou "ogresse". À l'origine, le singe avait été envoyé par Avalokiteshvara (le bouddha de la compassion), pour diffuser la culture religieuse sur le plateau tibétain. Menaçant de détruire le plateau si le singe ne la mariait pas , ce dernier entreprit de réaliser son souhait et sauva la région. Pour les Tibétains ce conte est fondamental afin d’expliquer la nature compatissante et bienveillante de leur peuple


A l'extérieur du Tibet, la religion est le vecteur dominant définissant l’identité ethnique, en Inde, la strate sociale anglophone et connecté à la scène internationale fait du bouddhisme la définition de “l’étant Tibétain” par une emphase sur l’importance historico-sociale de la religion dans la formation de la société Tibétaine. Dans le monde Occidental, la religion est réifié afin de servir un discours ethno-nationaliste en opposition avec la Chine et les communautés diasporiques chinoises.


Le bouddhisme tibétain en Occident


Le bouddhisme Tibétain commença à s’exporter en Occident après la seconde guerre mondiale. Dudjom Rinpoche (1904-1987) fut l’un des pionniers de la diffusion bouddhiste en Occident.


Considéré comme la réincarnation de Padmasambhava (un des fondateurs du bouddhisme tibétain), Rinpoche écrivit plus de quarante livres sur les méditations tantriques, la théologie bouddhiste et l’histoire des courants issues du bouddhisme Tibétain qui permettra de populariser la religion et le fait culturel Tibétain aux E-U et en Europe.


Dans les années 1960-70, certains lamas Tibétains qui vivaient sur le territoire indien furent invités aux E-U pour diffuser et enseigner le bouddhisme dans les universités occidentales. Dans un contexte social ou la middle-class et la bourgeoisie occidentale rejetaient majoritairement le consumérisme et se trouvait dans un vide métaphysique généralisé suite à la désintégration du maillage social que formait le christianisme (cf: les mouvements hippies et anti-consumériste des années 1970), le bouddhisme Tibétain apparu comme une alternative pour une population en quête de sens mystique et d’exotisme culturel.


Le premier voyage du Dalaï-lama en Occident en 1979 puis la réception de son prix nobel dix ans plus tard accentuèrent cette dynamique de découverte des traditions Tibétaines par le prisme et le biais de la religion. 


Le temple Kagyu Samye Ling à Eskdalemuir, Écosse. Source: INews


Aujourd’hui le bouddhisme Tibétain est pratiqué en Occident dans des pays comme les E-U, l’Australie, le Royaume-Unis, la France ou les pays scandinaves. Aux E-U. Les fidèles du bouddhisme Tibétains sont environ 1,2 à 1,3 millions d’individus et sont concentrés en Californie et dans le Colorado. En France on trouve des communautés dans les grands centres urbains (Paris, Lyon, Toulouse …) mais aussi dans des communautés ou des retraites comme en Dordogne ou en Ariège. 


Le bouddhisme Tibétain en Occident diverge dans sa pratique et dans ses aspects spirituels du bouddhisme Tibétain pratiqué en Asie. Il se concentre beaucoup sur la méditation et a été régulièrement accusé de s'être phagocyté dans ses fondements pour correspondre à un produit culturel capitalisable plutôt qu’étant une religion à part entière. Protéiforme et s’adaptant au contexte social dans lequel il est pratiqué, le bouddhisme Tibétain en Occident s’est aussi divisé en de multiples branches fondés par des gurus controversés qui ont souvent mis en avant le bien-être et la recherche de l’éveil spirituel par des pratiques non régulières au centre de leurs enseignements.


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